Je défriche mon blog et je plante un nouvel article.
Je suis revenu d'Italie et bien sûr j'ai des choses à dire à propos de ce séjour. Cependant, je préfère vous parler d'une autre de mes périgrinations qui s'est achevée il y a quelques jours. Je pense l'avoir vécu avec plus d'intensité.
Je reviens donc d'Italie et ... je m'emmerde: c'est un syndrome commun à nombre d'entre nous, mais chez moi cet ennui débouche souvent sur une issue haute en couleurs. Je ne supporte pas le vide plus de 5 minutes, ça me fait penser que je suis seul, que mes repères sont faux, etc. Bref je vire parano au bout de la sixième minute. Mais cette fois-ci, au commencement de cette minute fatidique, Butch me dit: "Tient, ça te tente d'aller à la Love Parade? C'est à Essen en Allemagne, dans deux jours."
D'un coup, quelque part dans ma caboche, des neurones sont pris d'un productivisme fou et lâchent sans compter des millions ou des milliards de petites billes d'adrénaline qui me réveille de mon ennui mortel, ma pupille se dilate... "Ouai, ça serait cool!"
On s'arme de nos téléphones, mais personne n'est disponible pour une excursion un peu hasardeuse il faut le dire, et finalement mon alcoolyte finit par reculer devant sa proposition. Moi non, et en plus de l'ennui qui me reprend, c'est la déception que je prend comme fardeau supplémentaire. Et là, comme dirait Pujadas, la loi des séries me ratrappe, et Butch me fait une nouvelle proposition: "ben tu pourrais faire du stop, c'est pas top de faire 600 km seul dans la bagnole de tes parents et d'arriver là bas sans connaître personne et repartir au bout de quelques heures."
Bim bam boum, nous sommes le jeudi soir, le vendredi matin aux environs de sept heures je suis au bord de la route direction Neufchâteau et j'espère bien arriver à Essen le soir même (erreur de l'auto-stopeur novice qui s'imagine mal le sens des réalités.) Un voyage de 600 km d'après Internet: ne jamais plus se fier à ces estimations grotesques!
J'enfourche donc la chignolle de mon premier mécène, après près d'une heure d'attente. C'est un antiquaire qui me conduit jusqu'à Saint Blin et on parle de l'évolution incessante des paysages au fil de l'histoire et de cette abération de certains "con-servateurs" du patrimoine qui veulent geler ce processus en interdiant par exemple l'installation d'éoliennes sous le prétexte d'un héritage qu'il ne faudrait pas dénaturer, de paysages merveilleux... Balivernes, nous en convenons tous les deux au regard de l'histoire que nous apprécions chacun à notre manière.
Je marche, je marche, et c'est une sorte de maquignon qui me prend: il vend des semences de taureau me dit-il. J'engage donc la conversation à coups de binette. On parle de mes voyages et des siens, de la Nouvelle Calédonie qu'il a connu pendant son service militaire et fatidiquement, par je ne sais quel lien illogique, on en arrive aux causes d'une jeunesse qui ne se reconnait plus qu'à la lumière d'un cocktail Molotov.
"Avant, on avait le service, et là, il y avait pas de différences, on était tous des frères et on apprenait à se connaître, maintenant les jeunes ne sortent plus de leurs quartiers, et c'est encore beau quand il regardent au delà de leur palier..."
Un chic type, vraiment. Je n'avais fait que quelques kilomêtres en trois heures, mais j'avais déjà voyagé au gré d'opinions très exotiques.
A Nancy, sur une aire d'autoroute, se sont deux jeunes bâcheliers lyonnais (un couple en fait) qui me prennent, ils vont, me disent-ils, regarder les moulins et les tulipes aux Pays Bas. Moi j'aime bien les fleurs mais je n'ai pas le temps de parler de mon jardin luxuriant que la miss devant me tend une kronenburg (sans alcool, elle le déplore quand elle s'en aperçoit) que je sirote en lisant un papier qui traîne sur la banquette, c'est un Charly Hebdo.
Ils me déposent au Luxemburg, le conducteur ouvre le coffre et me tend deux tableaux qu'il a dessiné. Je dois, me dis-t-il, en choisir un. Je choisis celui là: